Le débat sur le baccalauréat ressurgit après l’annonce d’un durcissement des règles de notation par le ministère de l’Éducation. Vendredi 5 décembre, les nouvelles consignes ont relancé une question sensible sur le niveau réel des élèves et sur la manière de corriger leurs copies. Enseignants et experts s’interrogent désormais sur ce que mesurerait vraiment l’examen aujourd’hui.
Les nouvelles règles de notation du baccalauréat au centre des critiques
Le ministre Édouard Geffray veut mettre fin aux fameux coups de pouce accordés en fin de jury. Cette pratique permettait parfois de rajouter quelques points pour donner accès aux repêchages à un élève proche de la moyenne. Le ministre souhaite aussi qu’une copie remplie de fautes d’orthographe ne puisse plus obtenir directement la moyenne au baccalauréat, même si le raisonnement ou les connaissances restent solides.
Ces annonces s’inscrivent dans un contexte où la crédibilité de l’examen est régulièrement questionnée, avec des taux de réussite jugés très élevés. Pour l’enseignant et essayiste Jean-Paul Brighelli, invité sur RTL, cette stratégie cible le mauvais problème. Il estime que la priorité devrait être l’apprentissage patient de la langue plutôt que la seule sanction des fautes, au risque de masquer les difficultés profondes.
Des enseignants qui dénoncent un faux remède autour du baccalauréat
Jean-Paul Brighelli affirme que le temps consacré à la lecture s’est effondré chez les adolescents. Selon lui, les jeunes lisent à peine quelques minutes par jour, alors qu’ils passent des heures sur les réseaux sociaux. Il y voit un déséquilibre majeur qui affaiblit le niveau de vocabulaire, la maîtrise de la syntaxe et la capacité de concentration.
Le spécialiste juge donc illusoire de durcir seulement les barèmes sans s’attaquer aux causes structurelles. Il plaide pour un retour massif aux textes, aux livres et à des exigences progressives dès le collège. Dans son intervention, il rappelle que l’orthographe se construit par l’habitude et l’exposition régulière à la langue écrite. Il considère que la politique actuelle se concentre trop sur l’examen final du baccalauréat et pas assez sur tout le parcours scolaire.
Un examen plus sélectif, un baccalauréat plus proche d’hier
Jean-Paul Brighelli avance une estimation marquante si les copies étaient notées comme il y a quarante ans. Avec la même sévérité que dans les années 1980, il estime que le taux de réussite tournerait autour de 60 %. Quatre candidats sur dix resteraient alors sur le bord du chemin et devraient redoubler leur Terminale. Un tel scénario soulèverait des défis considérables pour l’organisation des lycées, déjà confrontés à des classes chargées.
Les établissements manqueraient de salles pour accueillir autant de redoublants en une seule année scolaire. Le système aurait aussi besoin de nombreux enseignants supplémentaires, ce qui reste difficile à mettre en place rapidement. En parallèle, il n’est pas certain que les familles accepteraient aisément un retour massif au redoublement, malgré les critiques récurrentes sur la valeur du diplôme.
Un débat relancé sur ce que doit vraiment mesurer l’examen national
Aujourd’hui, le taux de réussite global atteint plus de neuf candidats sur dix. Les résultats sont encore plus élevés pour la voie générale. Dans les années 1960, au contraire, seule une minorité d’une génération obtenait le diplôme. Cela renforçait son image élitiste. Entre ces deux extrêmes, la question reste entière sur le rôle que doit jouer l’examen dans le système éducatif.
Faut-il chercher un équilibre entre exigence, justice sociale et moyens réellement disponibles dans les établissements ? Durcir la notation peut rassurer une partie de l’opinion. Mais cela ne remplace pas un travail de fond sur les apprentissages initiaux. Pour beaucoup d’enseignants, la priorité serait de redonner du temps à la lecture, à l’écriture et à la pratique régulière de la langue. Le débat sur le baccalauréat dépasse ainsi le seul barème. Il renvoie à la manière dont l’école prépare les élèves à la suite de leur vie.
Un débat sur l’école qui dépasse la seule question des notes finales
Le bras de fer autour des nouvelles règles de notation met en lumière un malaise plus large au sein de l’Éducation nationale. Entre recherche de crédibilité, contraintes matérielles et attentes des familles, la réforme soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses immédiates. Le choix d’un baccalauréat plus exigeant ne pourra vraiment s’imposer que s’il s’accompagne d’un investissement durable dans la maîtrise de la langue.






