New Delhi s’apprête à accueillir Vladimir Poutine pour sceller un nouveau contrat de défense sensible. Selon Bloomberg, l’Inde négocie la location d’un bâtiment russe à propulsion nucléaire pour renforcer sa flotte. Ce choix intervient alors que la marine indienne mêle déjà des bâtiments français et russes, et que les sous-marins restent au cœur de son autonomie stratégique.
Un contrat russo indien sur des sous-marins nucléaires
La visite de Vladimir Poutine doit entériner un accord évalué à 2 milliards de dollars, selon Bloomberg. Le texte porterait sur la location d’un bâtiment russe à propulsion nucléaire. Il résulte de plusieurs années de discussions menées entre Moscou et New Delhi. Une délégation indienne a récemment inspecté un chantier naval russe pour préparer cette étape.
L’accord prévoirait une mise à disposition pour une durée de dix ans. Ce bâtiment deviendrait le troisième sous-marin nucléaire de la flotte indienne. New Delhi vise une intégration opérationnelle d’ici deux ans, afin de combler un besoin pressant en capacités océaniques. La marine dispose déjà d’un parc important de navires à propulsion classique.
La flotte actuelle aligne environ dix sept submersibles conventionnels, dont seize considérés comme actifs en 2024. Ces bâtiments combinent des modèles russes plus anciens et des unités récentes d’origine française. L’Inde cherche à maintenir une présence crédible en mer face aux tensions régionales, notamment avec le Pakistan. Les sous-marins structurent cette posture de dissuasion silencieuse.
Les limites françaises sur les sous-marins à propulsion nucléaire
La France participe largement à la modernisation de la marine indienne avec les Scorpène de Naval Group. Ces sous-marins conventionnels représentent la composante la plus récente de la flotte. Six unités ont été commandées dans le cadre du programme P 75. Leur intégration s’échelonne entre la fin de l’année 2024 et le début de l’année 2025.
Paris pose cependant une ligne rouge nette sur la propulsion nucléaire. La France est un État doté de l’arme nucléaire au titre du Traité de non prolifération. L’Inde possède la bombe atomique sans avoir signé ce cadre juridique international. Cette situation fait de tout partage de technologies nucléaires un sujet extrêmement sensible pour Paris.
Exporter un bâtiment à propulsion nucléaire supposerait la fourniture d’un réacteur naval complet. Il faudrait aussi transférer des technologies de combustible pouvant avoir un usage militaire stratégique. De tels mouvements seraient assimilés à de la prolifération aux yeux des autorités françaises. La doctrine nationale interdit donc l’exportation de ces capacités, qui couvrent les SNA Barracuda et les SNLE Triomphant. Les sous-marins français les plus sensibles restent strictement nationaux.
Un équilibre stratégique entre Moscou Paris Washington et New Delhi
Le recours à la location russe offre un palliatif temporaire aux besoins de New Delhi. Le futur bâtiment restera à disposition de la marine indienne pendant dix ans. Cette période doit permettre de former de nouveaux équipages. Elle doit aussi servir de passerelle vers des navires nucléaires conçus localement. L’objectif consiste à renforcer la capacité nationale à moyen terme.
La Russie conserve une place centrale dans l’arsenal indien, malgré une érosion progressive de sa part de marché. Selon le SIPRI, les équipements russes représentaient 76 % de l’arsenal indien entre 2009 et 2013. Cette part est tombée à 36 % entre 2019 et 2023. Moscou demeure toutefois un partenaire clé pour les systèmes stratégiques, en particulier pour la composante navale.
New Delhi continue par ailleurs de diversifier ses fournisseurs. Le pays manifeste un intérêt pour les missiles sol air S 400 et pour le chasseur Su 57. Il maintient en parallèle des programmes majeurs avec la France pour les bâtiments conventionnels et l’aviation. Washington a imposé des droits de douane de 50 % sur certaines exportations de pétrole russe. L’Inde cherche donc un équilibre entre alliances multiples, autonomie stratégique et modernisation de ses sous-marins.
Une stratégie navale indienne prise entre contraintes juridiques et choix politiques assumés
L’option russe illustre la volonté de New Delhi de préserver une marge d’autonomie dans un environnement tendu. Les contraintes juridiques qui pèsent sur la France en matière de propulsion nucléaire limitent les transferts possibles, malgré un partenariat naval dense. L’Inde exploite cette situation en combinant plusieurs fournisseurs de sous-marins afin d’éviter une dépendance excessive. Les prochaines décisions sur les programmes locaux et les coopérations extérieures préciseront la portée de cette stratégie à long terme.






